Saint Yan, c’est La Mecque du pilotage, le berceau des pilotes de ligne de l’aviation française, ou plutôt, c’était. Cet endroit unique où l’on allait du Stampe au DC3, puis Nord 262, Corvette, Mystère 20, reste une école importante du SEFA, mais a perdu son rôle central avec l’Epag qui forme les cadets pour Air France, les écoles privées, d’autres centres du SEFA qui ont progressivement développé leurs périmètres.
Saint Yan, il faut une carte ou Google Earth pour savoir où ça se trouve, au milieu des prés de la province bourguignone, dans la Saône et Loire !

C’est aussi un grand terrain dans la campagne, deux pistes en dur parallèles de 1500 et 2000 m, un ILS, des hangars, tour de contrôle et locaux du centre de formation.

C’est aussi une histoire avec des pilotes et des avions :

et pour les 60 ans du centre 1948 - 2008 :

Saint Yan, Gabriel connaît bien, il y a été instructeur de1962 à 1964 et nous raconte des histoires formidables sur cette époque. Le centre était rempli d’avions, Stampe, 733, Beech 18 etc ., et de stagiaires !
j’en ai une connaissance beaucoup plus annecdotique, pour y être passé à deux reprises : en 1967, après avoir gagné un concours de l’ORTF, lors d’une expo aéronautique à la maison de la Radio. Un des prix était une journée aux portes ouvertes de l’époque avec un aller retour Le Bourget Saint Yan en Potez 841 du SFACT, incroyable à 17 ans.
les photos :


et sur place, devinez avec quel avion les baptèmes de l’air étaient réalisés :

J’y suis retourné en 74, avec un planeur Bijave de mon école (ENSICA) pour participer brillament au tournoi de vol à voile des grandes écoles aéronautiques.

J’ai terminé mon circuit dans un pré à trente kilomètres du terrain, entouré par les Charolais, bovins et humains.

Il y a quelques semaines, lors d’une notre descente à Toulouse par la ligne, je montre à Gabriel un en-cart dans une revue aéronautique sur les 60 ans du centre. Le lendemain, il me dit avoir été invité en tant qu’ancien et je lui répond, et pourquoi pas avec l’avion, ça a été une des grandes machines du site. Au téléphone, son correspondant est enthousiasmé et nous dit que nous pourrons avoir du pétrole pour couvrir le vol. Bon, ça ne couvre pas les frais fixes, mais aller à St Yan en DC3, il ne fallait pas manquer ça !
Il faut que je vous dise là que nous avions rencontré le nouveau Directeur Général de l’Aviation Civile, Patrick Gandil, quelques mois auparavant. C’était à l’occasion des voeux, nous étions invités et nous avons réussi par une interception directe à lui évoquer notre souhait d’adapter nos règles d’emport passagers. Il avait été très receptif et demandé que nous lui adressions personnellement un dossier. Nous l’avons quitté en l’invitant à voler avec nous , ce qu’il a immédiatement accepté, c’est un passionné de vol. Le dossier a été monté en quelques jours et transmis à sa Directrice de Cabinet, Odile Cherel. Nous avons eu une réponse rapide dans le respect des règlements, mais créant l’espace dérogatoire qui nous convenait, super.
Donc, comme notre participation à la journée portes ouvertes était acquise, une idée folle nous est venu, et si on proposait au DG de venir avec nous à Saint Yan. Un contact avec Madame Cherel, et c’est parti. Puis plus de nouvelles. Quelques jours plus tard, nous croisons Jacques Aboulin à Francazal, pour le meeting des grandes écoles. Nous nous rencontrons régulièrement, Jacques vole sur T6 et autres à Saint Rambert d’Albon, chez Aéro rétro, c’est un fana d’avions de collection. Mais c’est aussi le Directeur du Centre SEFA de Saint Geoirs qui forme en particulier les instructeurs FI et il vient d’être nommé à la Direction de St Yan.
"Alors, vous amenez notre DG ! " nous dit-il.
Bon, les choses se confirment et la nouvelle se répand à la DGAC. Donc, nous transporterons le DG de l’Aviation Civile.
Ouf, il faut prévenir Air France, ce qui fut fait, le Directeur de Cabinet du Président et le responsable du site industriel d’Orly.
Le samedi matin, tout le monde avait rendez-vous vers 8 h30, Monsieur Gandil était accompagné par Madame Odile Cherel, Directrice de Cabinet et Mlle Perrine Duguet, chargée des relations avec la presse.

La prévol démarre avec le DG, il nous attaque sur le thème de l’avion et de notre problématique d’emport pax. Ce n’était pas le but, mais c’est réconfortant de se sentir écouté. Ca me renforce dans ma conviction, permanente et de toujours, du formidable intérêt de connaître les sujets dont on est responsable. Patrick Gandil est pilote privé et celà lui permet d’examiner ces sujets de l’intérieur, et non pas dans une pure vision technocratique.
L’avion est bon, nous nous installons à bord, Mr Gandil sera sur le siège mécano. Il pourra tâter des commandes en vol, sous la supervision du seul instructeur DC3 de France !


Le vol se déroule tranquillement jusqu’à Saint Yan, nos passagères sont ravies et très intéressées.



Jean-Claude et Yves qui assurent la mécanique ce jour, en pleine discussion sur le planning équipage pour organiser la couverture des vols des semaines à venir.

Posé à St Yan, nous sommes accueillis par Jacques Aboulin et tous les officiels du département ! Jacques qui avait pris des engagements avant que tout ça s’installe, laisse tomber cravatte et chemise blanche pour s’installer en combinaison de vol dans le T6 de Saint Rambert et partir pour un meeting.
Nous en profitons pour faire le tour des avions exposés, les actuels du SEFA, et les anciens !




Un petit air rétro dans tout ça !

Les stagiaires EPL se sont précipités dans l’avion, vers le cockpit, c’est sympa de voir leur intérêt, ça n’a pas toujours été le cas dans leurs rangs !

Mais ils sont vite appelés pour les discours officiels.

Les photos de promo, celles-ci auront une valeur particulière quand ils seront devenus des pilotes chevronnés.


La journée s’écoule tranquillement, Gabriel a retrouvé beaucoup d’anciens collègues instructeurs, Robert Faix est arrivé avec le Pilatus P2 de Saint Rambert. Robert est un pilote formidable, de haut niveau, pilote inspecteur, il vole sur les avions de collection de Saint Rambert,et sur bien d’autres, mais reste un homme discret, tranquille et toujours disponible pour un coup de main. Il nous confirme qu’après de multiples rebondissements, il doit partir dans quelques semaines pour convoyer le Loockheed 12 de Bernard Chabbert en Afrique du Sud. Toute la trans africaine aux commandes d’un avion de légende, quel rêve !
Jacques est de retour et assure les pleins de son avion.

Les EPL trouvent bien confortable l’abri du DC3, dans ce premier jour d’été. Nous ramèneront Fanny à Orly ! Pendant les visites, elle a été la première à demander si on n’avait pas une petite place, et il y en avait une !

En fin d’après midi, après les compléments de plein, nous nous installons et c’est parti ! Beau temps sur la route, mais perturbation dans l’avion, une fuite hydraulique nous permet de tester la procédure d’urgence, c’est grandeur nature cette fois ! Le PF aux commandes, c’est moi et Gabriel qui gère la panne avec Jean-Claude. Le train est sorti et verrouillé avant que nous n’ayons plus que la réserve hydraulique de la bâche et après analyse de la situation, nous décidons de rentrer comme ça à la base principale. 120 kts au lieu des 145 habituels.
à Orly, nous sortons les volets 1/4, le freinage grâce à la réserve de bâche pompée par Jean-Claude et les sécurités de train dès que possible sur le taxiway d’AFI.
Grande journée aéronautique, une rencontre avec le DG de l’aviation civile très riche et sympathique, un beau vol, de beaux avions et un retour dense, validant tout l’intérêt d’avoir des procédures rôdées, bien connues et un équipage compétent et soudé.
Jacques