
13h30 sur la base aérienne soviétique de Tököl au sud de Budapest. Le soleil écrase les aires bétonnées. Un abri avion ouvert dans les bois. Un LI2 aux couleurs de Malev est prêt à mettre en route sur un parking. Pour quelle étrange mission ?

Le bruit sourd d’un hélicoptère MI24 remplit le ciel.

Tiens ! Je ne les croyais pas contemporains. Un deuxième MI24 arrive de l’horizon. Etrange, il transporte sous son fuselage une grande bannière, le drapeau européen !!!

Nous devons avoir traversé une singularité du continuum. Le LI2 met en route et nous sommes derrière dans un avion qui lui ressemble, mais qui porte les couleurs d’Air France. Le temps s’est emmêlé pour nous permettre de faire un de nos plus beaux vols :
Voler sur Budapest à basse hauteur, en remontant le Danube, en formation avec le LI2.

C’est grâce, tout d’abord à Laurent Kummer, membre du forum pilotlist, qui est installé par là-bas !

Il a eu cette idée folle il y a quelques mois, m’avait envoyé un mail. J’avais répondu oui, sans trop savoir où ça nous mènerait. Il ne me restait plus qu’à convaincre Air France que ça pouvait être une belle opportunité. Ils ont été rapidement d’accord et l’équipe sur place a monté une superbe opération marketing. Laurent a assumé la logistique et la coordination avec la Gold Timer fundation qui fait voler le Lisunov, copie russe du DC3. Je vous passe les détails des dizaines de contacts mail et téléphone !
Quelques jours plus tôt, Dimanche 16 août, c’est le départ d’Orly. Nous avons prévu une escale à Nancy afin de partir vers l’est avec le maximum d’essence. L’équipage est réduit, Jean-Claude, Susana et Arnaud nous rejoindrons à Budapest par la ligne. Gabriel a donc proposé à Fabrice de faire le vol avec nous. Gabriel a été son parrain il y a longtemps à l’occasion d’un tour de France Aérien des jeunes pilotes. Fabrice est aujourd’hui copi 747 400 à Air France et ils ont gardé des liens étroits. C’est un bon pilote, et très agréable, tant en vol qu’au sol. Nous aimerions bien qu’il soit avec nous, mais ses obligations professionnelles et familiales ne lui permettent pas de rentrer à temps plein dans le cirque. Nous traversons au départ de Paris quelques résidus de mauvais temps, mais ça se dégage. Nous avons choisi de partir dimanche pour trois raisons : la météo s’annonçait favorable sur la route, nous préférons assurer et arriver avec un peu d’avance et le dimanche, la France militaire est au repos : pas de zones dangereuses, réservées. C’est un plaisir de voler sans contrainte alors qu’en semaine, l’est de la France ressemble à une ligne Maginot aéronautique. A Nancy, l’accueil est conforme à ce que nous avions eu l’an dernier : sourires, sympathie, amabilité. Le contrôleur a la gentillesse de remonter à la tour pendant son temps de repos pour nous faire le départ.
Puis c’est la mise en route et le départ pour le plus long vol de la saison. Nous allons traverser l’Allemagne, l’Autriche et une partie de la Hongrie. Le grand beau temps est là. Nous choisissons de monter pour bénéficier du vent d’ouest. Le vol se fait au niveau 75, plus de 185 kts de vitesse sol stabilisée dans le ciel bleu et l’air calme. Nous faisons une route la plus directe possible, via les VOR qui jalonnent la route. Les services d’info sont tranquilles, Langen, Munchen. Nous voyons les Alpes se rapprocher. Fabrice nous propose des petits gâteaux cannelés, un vrai bonheur dans l’azur, bercés par le ronronnement des moteurs. Au sud de Munich, de grands lacs brillent de leurs eaux noires. Nous arrivons au fond de l’Allemagne, la frontière autrichienne est là. Le nid d’Aigle du Führer, Berchtesgaden est proche sur la droite. Mon père y est arrivé en mai 45, en conduisant son Half-Track, avec la deuxième DB du Général Leclerc. La guerre est lointaine aujourd’hui, mais je reste profondément marqué par cette période de l’histoire. Je ne l’ai pas vécue, mais toute ma jeunesse aura baigné dans les livres et les films de cette époque. Le Grand Cirque de Clostermann m’aura sans doute largement orienté et je ne peux lire certains noms sans replonger dans le temps. Ce vol au dessus de l’Allemagne, vers l’Autriche, puis la Hongrie, dans cet avion, me fait partir dans mes pensées. Je suis avec ces jeunes pilotes aux commandes de leurs machines de guerre, partis d’Angleterre et volant des heures au dessus de ces territoires hostiles. Je ne dois pas être le seul, car au même moment, Gabriel me dit : nous ne sommes pas loin de Berchtesgaden !
Nous passons sur la fréquence Salzburg info. Pas de problème et nous continuons sur le relief, toujours à 185 nœuds. La montagne est belle, sombre et recouverte de forêts. Dans la FIR Wien, la contrôleuse nous demande de descendre, les trajectoires IFR sont là et nous terminons à 1000 pieds sol. Devant nous, le lac de Neusiedl ou lac Fertő (Neusiedlersee, pour les Autrichiens et Fertő tó pour les Hongrois). C’est le deuxième plus grand lac de steppe en Europe centrale et il est à cheval entre l’Autriche et la Hongrie. Quelques ports de plaisance, des voiliers. Ce lac est particulier, très peu profond, malgré sa taille, moins de deux mètres ! Il est bordé de rives sauvages et de roseaux. Nous survolons un petit village lacustre, inaccessible par la terre. Chaque maison est équipée d’un ponton avec un bateau.
16h00, la Hongrie, nous filons à 150 Kts, 2500 pieds NH au dessus d’une campagne différente. De grands bourgs, pas de ville, beaucoup de petites exploitations agricoles, des champs pas encore touchés par le remembrement. Pourtant une large autoroute en bout d’aile. Nous sommes sur Budapest info, la ville de Györ est passée avec son aéroport. L’arrivée est proche, quand une voix exotique sur la fréquence appelle « Air France DiCi tree, this is Lima India Xray, are you OK for a formation flight and a low pass over the airfield, runway in use ziro nine ? » Laurent m’avait dit au téléphone, tu verras, le terrain est au bout de l’autoroute ! Bon, mais que veut-il l’autre ? Nous, on arrive de près de cinq heures de vol avec un stop à Nancy Essey pour refueller ! Je réponds de manière conservatoire, « India Xray, please wait, we are discussing about your request, Tango Echo » LIX, mais oui, c’est le LI2, ils nous attendent avec un Cessna pour commencer à faire des images. Concertation rapide, on ne peut pas refuser, donc OK. Un point grossit rapidement à 1h, on allume les phares, ce sont eux. Le CDB du LI2 est un bon, captain 737 chez Malev et ancien pilote militaire. Gabriel reprend les commandes, ce n’est plus le temps de s’amuser en ligne droite. Le LI2 passe en virage et vient s’encastrer sur notre droite. Il brille dans le soleil, aussi beau qu’un DC3. Nous resterons devant, il est trop près pour que nous changions de formation. Voici la piste, dans l’axe, nous descendons et lui aussi. Du monde sur l’herbe, le Cessna est à gauche. En bout de piste, remontée, mais pas question de virer à droite en vent arrière, il nous colle aux basques. Non, d’un coup, il plonge et passe à gauche par dessous. Gabriel se reporte en vent arrière et je commence à réciter les check lists. Rien de tel que de revenir aux fondamentaux dans les grands moments d’émotion. Le train sort, les volets ¼, check avant atterrissage, nous sommes parés, les deux vertes. Nous passons en finale, tous les volets, plein petit pas pour augmenter le plan. Une piste en herbe, pas si grande que ça, un hall avec une grande enseigne Nissan en bout de piste. Mon attention est attirée à gauche, le LI2 est toujours là, train et volets sortis, en courte à quelques mètres. Il est un peu gonflé. Nous nous posons, il remet les gaz et nous dégageons en bout de bande.
J’avais eu du mal à y croire, mais voilà, nous sommes à Budaörs. Un grand terrain en herbe, le dimanche en Hongrie, c’est différent. Du monde partout, des familles avec poussettes qui se promènent au milieu des avions. Une baraque sur le parking qui vend des boissons fraîches et des glaces. Beaucoup d’avions, un hélico qui décolle tout droit au milieu du public et des avions.

Il n’est pas question là-bas de faire semblant de rouler sur un taxiway pour décoller comme un avion sur la piste. Des paras largués par un AN2 descendent dans ce capharnaüm. Nous sommes attendus par Laurent Kummer et sa femme Olga.

Olga, Laurent, Gabriel, Zoltan et Fabrice
La télé est déjà là et nous passerons dès le soir sur une chaîne nationale. Nous rencontrons Zoltan, un des responsables de la GoldTimer fundation, pilote du LI2 et rédacteur en chef de la revue aéronautique hongroise.
Le LI2 se pose et nous pourront aller le visiter. Tout est soviétique, d’origine !




En fin d’après-midi, nous dégustons un gâteau d’anniversaire en forme de LI2, sur l’herbe. Nous fêtons les 60 ans de l’avion. Olga a préparé des choux au fromage, nous leur faisons un malheur. Laurent nous conduit ensuite à l’hôtel, dans Budapest, sur les bords du Danube.
Les deux jours qui suivront sont consacrés aux promenades et à la préparation des vols. Nous rencontrons l’équipe d’Air France au siège de la Compagnie dans Budapest. Nous visiterons un peu Budapest, une des collines de Buda sur laquelle se trouve un vieu village et les fortifications sur lesquelles Air France a loué une terrasse pour le 20.



Des hauteurs, nous contemplons Budapest et les Red Bull à l’entraînement.


Laurent nous emmène en Cessna visiter la région. Nous volons jusqu’à la frontière slovaque au nord de Budapest, parcourue par le Danube. Quelle belle région, de hautes collines boisées, des châteaux, des terrains de vol à voile. Le long du Danube, nous croisons un Rallye, sans doute la version polonaise !



Midi et soir, nous explorons les restaurants hongrois.

Mardi après-midi, nous avons récupéré Susana et Jean-Claude. Arnaud n’arrive que mercredi. Dans leur avion, il y avait également notre ami Julien Robin qui a fait de sibelles photos de l’avion et que nous avions transporté de Valence à Annecy. Il couvre la Red Bull Race pour Info Pilote.
Jean-Claude ira voir son bébé

Le soir, délicieux repas hongrois préparé par Olga, chez les Kummer. Un bel appartement avec terrasse au dessus des toits de Budapest. La magie et le rêve sont là.

Mercredi, c’est le premier jour de vol. L’équipe Air France est à Budaörs. Nous faisons voler la télé, ce qui nous vaut un reportage de 7mn au journal du 20h sur TVKlub.

Puis deux vols sponsorisés par Magyar telécomm, dont un qui nous servira de répétition au vol du lendemain.

au décollage de Budaörs, nous sommes dans l’Europe d’Auchan et d’Ikéa.
Nous décollons derrière le Lisunov que nous rejoignons dans la banlieue de Budapest, et c’est parti en formation serrée sur le Danube. Nous traverserons la ville, plus bas que les collines et les monuments qui y sont. Plus bas que le toit du Parlement, sud nord, puis nord sud. C’est tout bonnement extraordinaire. Gabriel tient la formation, comme d’habitude et je mitraille, pendant que Susana, embarquée dans le Lisunov fait pareil de son côté. Les images parleront plus que des mots.














Le soir, sur le terrain, un peu de champagne hongrois avec les équipes d’Air France et du Lisunov, puis un petit resto en ville et l’hôtel.
Jeudi 20, le grand jour. Après le passage de l’armée de l’air hongroise, des avions russes et des Grippen, le B737 de Malev,


et c’est notre tour. Nous avons quitté Budaörs le matin pour Tököl où est basé le cirque Red Bull et les avions de Breitling. L’organisation Red Bull est énorme, associée à Breitling, ça forme un rouleau compresseur qui ne laisse que peu de place. Nous avons failli ne pas voler sur des prétextes divers. Ila fallu quelques contre-pressions de nos amis du Lisunov et d’Air France pour que ça puisse se faire. Les hongrois ne sont pas très contents et nous avons une équipe télé qui vient nous interviewer pour nous faire dire notre insatisfaction. Mais ce n’est pas le cas, nous allons voler comme prévu, Air France a organisé une réception sur la terrasse, un endroit fantastique dans un ancien château qui surplombe le Danube au cœur de Budapest. Susana et Arnaud seront aux premières loges pour faire de la photo. Que dire du vol, 150 pieds en formation serrée sur le Danube avec le LI2 , un soleil éclatant sur les toits colorés de Budapest, 300 000 spectateurs amassés sur les berges. Gigantesque, extraordinaire, un vol qui restera parmi les plus beaux.














Une fois posés, nous rejoignons avec Jean-Claude et Laurent la manifestation Air France. Accueil superbe d’Air France KLM, nous faisons de la relation publique.


Laurent et le responsable marketing AF KLM Europe centrale


L’équipe AF KLM et nous, Marion au centre.

Anett, la responsable marketing qui a tout réalisé sur place et Heidi, chef d’escale qui nous aura donné un bon coup de main logistique.

La Red Bull Race


le show qui suit avec les avions Red Bull et Breitling

Le champagne hongrois, qui se laisse bien boire, coule à flot. Nous terminons la journée sur le vapeur de la Mairie de Budapest, ancré au centre ville, pour un beau dîner de gala.





Le feu d’artifice est immense, il s’étale tout le long du fleuve dans la ville.

De retour à l’hôtel, nous sommes assommés !
Le lendemain, après avoir réglé quelques problèmes d’avitaillement en essence, nous préparons le vol de retour. La prévi météo n’est pas très bonne. Un grand front pluvio-orageux barre la route, de la vallée du Rhône au centre de l’Allemagne.
Nous partons avec Jean-Claude et Laurent et Olga, que nous amenons à Annecy.


Le vol se passera malgré tout bien. Arrivés vers la frontière suisse, nous descendons sous la couche, et après avoir évité quelques averses, nous circulons dans les vallées de la Confédération. Survol du Lac de Constance, l’accueil est bon partout. Le contrôleur de Berne nous demande même un passage sur le terrain, pendant qu’il fait attendre au point d’arrêt un Gulfstream ! Le lac de Genève est traversé sous le contrôle suisse qui nous autorise une directe pour Annecy. Longue finale sous une pente forte pour passer les collines. Nous voilà posés. Demi-tour et nous rejoignons le parking, nous sommes stationnés dans un coin. Pierrot est là et nous attend avec Henri, nos fidèles correspondants locaux. Je reprends le soir même l’avion pour Paris, devant rentrer pour des raisons familiales. Laurent et Olga passeront le week-end chez Gabriel.
Nous venons d’écrire là une de nos plus belles pages avec cet avion. Un grand merci à tous ceux qui y auront contribué : Laurent, de la pilotlist, Zoltan de la fondation du LI2, et l’équipe d’Air France, Marion la responsable qui se sera lancée dans le projet avec foi et courage, Anett la responsable marketing, qui aura tout réalisé sur place, Heidi , la chef d’escale qui nous aura aidé jusqu’au dernier moment pour l’essence et Pierre Descazeaux, le Directeur Europe d’Air France KLM qui nous aura soutenu.

Jacques
Les photos sont de Susana et Arnaud pour les plus belles, avec une contribution de Jacques et Laurent