Jeudi 17 septembre, l’avion est à Blagnac chez Air France Industries et nous partons demain pour Clermont-Ferrand. Il est 22 heures, nous sommes en dernière conférence téléphonique avec Gabriel pour travailler sur la stratégie du vol. Une dépression est centrée sur la région Midi Pyrénées et les conditions s’annoncent mauvaises. C’est ainsi que nous pourrions décrire les évènements ! En fait nous sommes tous les deux sur nos micros et au téléphone à nous demander non pas quelle sera la meilleure route, mais quelle sera celle qui nous permettra de sortir du pot au noir et d’arriver à destination. Trois possibilités : tout droit vers le nord, par l’est ou par l’ouest. Pas terrible, bon on verra demain. Je continue jusqu’à minuit à éditer les fiches terrains, les notams, les sup AIP, j’en passe et des meilleures ! Une bonne nouvelle avant la clôture, sur les nouvelles cartes éditées par le SIA, service d’information aéronautique, il apparait qu’il n’y aura pas de zone active dans le réseau très basse altitude des armées. Le réseau TBA, c’est un ensemble de couloirs collés au sol, qui traversent la France dans tous les sens, et dans lesquels les avions d’armes volent très vite, sans regarder dehors. Il est bien sûr interdit de le pénétrer. Ca forme parfois une espèce de toile avec des murs infranchissables dans des conditions normales pour ceux qui pratiquent le vol à vue. Le SIA, service de la grande DGAC fournissait les informations d’activité de ces zones sur des listes longues et complexes à exploiter. Depuis quelques jours, une nouvelle présentation, évidente, simple, synthétique, bravo ! Je peux aller me coucher, demain, réveil à cinq heures !
Vendredi 18, le réveil sonne, dur, dur ! Le café est pris sur un coin de bureau en éditant la dernière météo et les cartes du 21th weather squadron de l’US Air Force en Europe. Tout le monde s’accorde pour dire qu’il fait mauvais dans le sud. Valise bouclée, je saute dans la voiture direction Orly où nous nous retrouvons avec Gabriel. Un véhicule à AFI, un au parking devant la navette et nous voilà roulant vers l’aérogare. L’enregistrement où nous voyons arriver Gérard qui sera le mécanicien sur la rotation. Dans la salle, tiens, le Président Spinetta qui part lui aussi. Nous allons le saluer et il nous demande des nouvelles du DC3. Cet homme sera décidément toujours chaleureux et ça nous fait plaisir de l’avoir rencontré.
Pendant le vol dans l’A321, Gabriel sort le GPS et nous suivons la route en observant la nébulosité. Ce n’est vraiment pas très bon. Des nuages à tous les étages et une couverture assez soudée. Pendant l’approche, quelques éclaircies, et une bonne visibilité horizontale. Il y a malgré tout du plafond dans la région toulousaine. Dans l’aérogare de Blagnac, nous retrouvons Pierre-André, le « doc » qui nous a rejoints par la SNCF. C’est grâce à lui que nous avons eu très tôt les contacts pour ce meeting, il est donc avec nous. C’est ainsi que nous fonctionnons, les places dans l’avion sont réservées à priori aux contributeurs, et les places vides attribuées dans la mesure du possible à ceux qui pourront un jour nous aider. Pierre-André, au-delà du meeting, nous fourni en cartes postales et casquettes. C’est un homme d’une courtoisie et d’une discrétion exemplaire. Nous le découvrons doucement, au fil du temps. Médecin militaire, il a participé à des opérations difficiles et nous apprenons au fil des conversations qu’il a volé sur beaucoup des avions de l’Armée de l’Air. C’est un passionné de l’aéronautique, et du DC3, bien sûr ! Un ancien collègue est venu nous chercher et nous conduit à l’avion qui est dans la zone Aéroconstellation, au milieu des hangars de montage de l’A380, sur le parking d’Air France Industries. Nous décidons avec Gabriel de partir en contournant le Massif Central par l’ouest, en remontant s’il le faut jusqu’à Montluçon.
Nous mettons en route et quittons le parking sous le regard des mécanos d’AFI qui travaillent sur un A318. Saluts de la main et nous passons par Tango 100, le taxiway qui fait la frontière entre la zone privée Aéroconstellation et l’Aéroport de Blagnac. Nous aurons un accueil formidable des contrôleurs, depuis la vigie du site, jusqu’à Toulouse info. Des commentaires chaleureux et sympathique nous accompagnerons jusque vers le travers de Rodez. La météo reste très correcte, malgré quelques éclairs en quittant Blagnac, vers Montauban. L’avion tourne comme une horloge en nous ramenant vers le nord. Les rivières sont passées les unes après les autres, Tarn, Lot, Dordogne et j’en oublie. Partout des châteaux, des bois, des rives encaissées. C’est un ravissement. En faisant route vers Montluçon, nous voyons apparaître sur la droite de l’avion, au loin, la chaîne des Puys. C’est bon signe, nous prenons l’option de couper, cap sur Issoire. L’autoroute Clermont Brive est traversée pendant que le relief monte doucement, voilà le barrage de Bort les Orgues et les gorges d’Avèze. Nous arrivons sur la barrière de la chaîne. Le Puy de Sancy est devant nous, le sommet dans la couche, nous passerons au sud. Le sol se rapproche et la fenêtre n’est pas très haute. La station de super Besse étale sa laideur sous les ailes de l’avion, mais la région est magnifique. Je reconnais le Lac Pavin, un cratère rempli d’eau noire qui a servi à quelques exploits avec mes amis plongeurs autrefois. Le vieux village de Besse et Sainte Anastaise et voici Champeix où j’ai passé de belles heures il y a quelques années. Nous arrivons vers le terrain, je reconnais le Zenith de Clermont, le point sierra est là et la tour nous autorise une vent arrière main gauche, face à l’ouest. Nous sommes posés et étant attendus, on nous dirige vers le parking de l’AIA. Je connais bien pour y être venu à plusieurs époques de ma vie. Il y a quelques années, dans le cadre d’Air France, chez Régional, plus récemment encore l’AIA. Mais il y a trente cinq ans, j’avais réalisé mon mémoire d’Ingénieur à l’AIA en 1974, au service du Contrôle non destructif. Trois mois en Auvergne. J’étais venu pour la prise de contact en DR400 et m’était garé devant les hangars. A cette époque, il y avait encore l’école d’Aulnat et ses Fougas. Il y en avait partout en tour de piste avec leurs indicatifs exotiques. Je garderais toujours en mémoire mon intégration avec mon petit avion lent dans ce cirque. C’était un avion de l’école immatriculé F-ZVMG, signifiant l’appartenance à la DGA, ce qui facilitait souvent les choses. J’avais fait une certaine impression, c’était la première fois qu’un stagiaire arrivait en avion.
Quelques belles machines sont déjà là,

et nous sommes guidés, face au hangar, à peu de choses près, là où j’avais stationné trente cinq auparavant.

L’AIA, c’est encore un sigle chargé d’histoire, Atelier Industriel de l’Aéronautique. C’est un peu pour l’Armée de l’Air ce qu’est Orly pour Air France. Des hangars dédiés aux révisions générales d’avions, des ateliers de révision équipements etc. Le meeting est organisé pour fêter les 70 ans de la création de l’AIA de Clermont-Ferrand. C’est un meeting privé qui rassemble beaucoup des avions étant passés dans ces ateliers. C’est à ce titre que nous sommes invités. Il y aura également JU52,

Dassault 315, Fougas Tranchants,

Skyraider, P51 et d’autres, mais surtout le Noratlas, qui aura été l’avion roi de l’AIA.




C’est d’ailleurs sur une jambe de train de Nord que j’ai réalisé une partie de mes essais en 1974.
L’accueil est sympathique, les hommes en bleu des ateliers sont là et apprécient la belle technologie d’autrefois. Nous passons l’après-midi à voir arriver les collègues et le soir un taxi nous dépose à notre résidence hôtelière. Bon repas dans le restaurant tenu par le mari de la patronne de l’hôtel, nous sommes identifiés et nous promet de passer nous voir au meeting.
Le lendemain, après le petit déjeuner pris en compagnie de quelques pilotes, nous sommes presque tous logés là, départ en bus pour Aulnat. L’équipage du JU se signale par son arrivée tardive, nous mettant une demi-heure de retard sous les commentaires amusés de Koblet, le pilote du Morane 406 Suisse.
Beaucoup de monde pour un petit meeting privé, tout le personnel du site est là avec les familles et amis et des officiels. Nous aurons la visite à l’avion de l’Ingénieur Général qui dirige le site. Il doit se demander ce que nous faisons à faire voler notre vieux DC3, pendant que son problème est de maintenir des Mirages 2000 et Transall vieillissants. Le meeting sera de bon niveau, avec une très belle présentation des Fougas. Le jeune Duval est bien accompagné avec Krine et Fage. Leur présentation sous un ciel de nuages noirs est magnifique. Les trainées blanches des fumigènes écrivent une belle page sur cet écran de rêve.










Présentation en duo du Sky et du Mustang


Le P51 enlevé par « Léon » Mathis est un bel avion de voltige.


Après la présentation, retour au parking,


Le Noratlas nous fera son célèbre posé tactique !


et une Alouette 2 viendra danser au bout des ailes du DC3

Passage de Transall

Dans la journée, nous sommes rejoints par Jean-Michel, CDB 777 AF, qui nous avait emmenés, Gabriel et moi, à Los Angelès l’hiver dernier. Le soir, après la fête nous regagnons la résidence dans la voiture que le « doc » nous a débrouillé sur la base. De nouveau, repas au petit restaurant où nous avons droit à quelques félicitations de consommateurs. C’est la rançon du côté show-bizz !
Le lendemain, retour sur la région parisienne. La météo est mauvaise et nous attendons un peu. Nous nous arrêterons à Moulins pour ravitailler et nous restaurer. Vers 10H30, c’est bon, au-revoir à tout le monde et c’est reparti. Le plafond est suffisant et l’Auvergne est belle sous cette couverture nuageuse gris plombé. L’Allier s’écoule doucement sous les grandes ailes de l’avion. Posé à Moulins, la pompe est accessible et l’accueil superbe. Les pleins faits, nous laissons l’avion sur le taxiway, et sommes accueillis par un concert de fêtards qui viennent terminer un festin de la veille au restaurant de l’aéroport. Nous sommes invités à prendre l’apéro (jus de fruit pour nous, bien sûr !), puis après avoir sacrifié aux questions, nous passons à table. Le retour sur Orly sera tranquille, Jean-Michel tâtera aux commandes non assistées de l’ancêtre, avant la finale à Orly. La saison avance et nous avons terminé une belle rotation ou l’avion n’était pas rentré à la maison depuis cinq semaines. Nancy, Budapest (Budaörs et Töekel), Annecy, Saint Yan, Poitiers, Angers, Francazal, Blagnac, Clermont, Moulins ! Il a besoin de se reposer quelques jours dans le hangar et nous aussi.